Les principes de la transformation par le conflit

Les principes à la base de l'approche modop pour la transformation par les conflits sont les suivants :

1 - Le conflit est un phénomène normal de la vie d'une société ; il est la manifestation de positions contradictoires portés par des individus ou des groupes d'individus, qui expriment parfois une hostilité héritée ou construite.

2 - Le conflit témoigne d'un déséquilibre, d'une injustice, d'une souffrance, dans la société qui, sans leur réparation, ne peut espérer se développer.

3 - Le conflit peut par conséquent être également porteur d'opportunités pour le progrès social, dans la mesure où il peut permettre de remettre en cause une répartition de pouvoir considérée comme injuste.

4 - Comme les conflits peuvent révéler un potentiel émancipateur, leur émergence peut s'avérer bénéfique.

5 - Le refoulement du conflit est contre-productif. Il pose les bases de sa prolongation, fait courir le risque de sa radicalisation et prive la société d'une opportunité de progrès social.

6 - Le conflit n'est pas forcément violent.

7 - La violence peut être définie comme un conflit mal géré, d'où l'importance d'intervenir sur les conflits latents, avant l'apparition de la violence et la radicalisation.

8 - L'absence de contestation ou de revendications ne signifie pas forcément qu'il n'existe pas un conflit latent, à savoir des situations d'injustices, de déséquilibre, d'humiliation, de privation, ou encore de vexation.

9 - Des propositions efficaces pour apaiser les tensions et agir sur les conflits doivent nécessairement intervenir sur les relations de pouvoir, à savoir sur les structures du conflit. La recherche d'un rééquilibrage va dans le sens du progrès social et de l'émancipation.

10 - Une action sur les seules manifestations du conflit - et non sur ses structures - et consistant à une approche sécuritaire ne peut relever de la transformation de conflit.

11 - L'action sur les conflits pour participer à leur transformation doit nécessairement être non-violente.

12 - La paix est un processus permanent de travail sur les relations sociales et humaines. Ce n'est pas un état qu'on atteint et qu'on essaie d'entretenir, de préserver. C'est un mode de relations humaines au quotidien, fondé sur des valeurs de dialogue et de justice. C'est une attitude de vigilance et d'action (parfois simplement au niveau personnel).

13 - Chaque fois que cela est possible, une chance doit être donnée au dialogue. Le dialogue est à la base du travail à mener sur les conflits. Mais il ne peur être profitable sans reconnaissance de l'existence de l'autre et son respect dans son altérité. Cette attitude trouve ses prolongements dans des actions pour encourager les perceptions de ressemblances et de convergences, dans l'objectif de rompre avec les divisions, l'hostilité, la domination et l'image de l'ennemi.

14 - La transformation de conflit repose sur une capacité de créativité pour fonder les changements sociaux qui permettent de construire un avenir commun apaisé.

15 - La transformation de conflit s'inscrit forcément dans une vision de long terme.

16 - La transformation de conflit s'inscrit dans une approche qui comprend l'ensemble des acteurs, des domaines (politique, économique, social, religieux, spirituel, médias, urgence etc.) toutes les échelles de temps et de lieu : court, moyen et long terme ; du local à l'international.

17 - Un travail constructif sur le conflit postule une interdépendance entre les parties au conflit qui ne peuvent s'en sortir les unes sans les autres. Le défi réside dans la capacité à construire une relation constructive.

18 - La transformation de conflit aménage des espaces de parole qui produisent du savoir collectif, dans une relation dynamique entre acteurs du conflits et acteurs extérieurs (potentiels médiateurs), et une complexité fondée sur plusieurs voix, perspectives et perceptions. La réflexivité peut contribuer à atteindre cet objectif.

19 - Pour autant ces principes ne signifient pas que la transformation de conflit peut faire l'objet d'une modélisation, au contraire. Chaque situation appelle des solutions propres.